Ces rencontres ont rassemblé de nombreux acteurs associatifs, institutionnels et partenaires engagés dans l’accompagnement des publics éloignés du numérique. Elles s’inscrivent dans le cadre d’un travail d’analyse approfondi mené par UrbaLyon – Agence d’urbanisme de l’aire métropolitaine lyonnaise, visant à mieux comprendre les réalités économiques et organisationnelles de ce secteur en pleine évolution.

L’objectif de ces ateliers était double : dresser un état des lieux des modèles existants et ouvrir une réflexion collective sur les conditions nécessaires à la pérennité des structures qui œuvrent quotidiennement pour réduire la fracture numérique.

Un secteur historiquement engagé auprès des publics fragiles

Depuis plusieurs années, les acteurs de l’inclusion numérique jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des personnes rencontrant des difficultés face aux outils numériques. La généralisation des services en ligne, qu’il s’agisse de démarches administratives, de recherche d’emploi ou d’accès aux services publics, a profondément transformé les modalités d’accès aux droits.

Pour de nombreux publics, cette transition représente un véritable défi. Les personnes âgées, les personnes en situation de précarité, les publics peu familiarisés avec les outils numériques ou encore certains habitants des territoires les plus isolés peuvent se retrouver en difficulté face à la complexité des plateformes et des démarches dématérialisées.

Dans ce contexte, les structures d’accompagnement jouent un rôle d’interface indispensable. Souvent issues de l’économie sociale et solidaire, elles proposent des actions concrètes pour permettre à chacun de développer ses compétences numériques, comprendre ses démarches administratives et accéder aux services essentiels.

Cependant, ces structures doivent aujourd’hui faire face à de nouveaux enjeux, notamment sur le plan économique et organisationnel.

Des modèles économiques encore fragiles

L’analyse présentée lors des ateliers met en lumière plusieurs réalités structurantes du secteur.

Tout d’abord, les structures d’inclusion numérique reposent encore largement sur des financements publics, souvent attribués sous forme d’appels à projets ou de dispositifs ponctuels. Si ces financements permettent de soutenir les actions de terrain, leur caractère parfois limité dans le temps peut fragiliser la stabilité des organisations et rendre plus difficile la projection à long terme.

Cette situation peut également entraîner une forme de concurrence entre acteurs sur un même territoire, alors même que leurs missions et leurs publics sont souvent complémentaires.

Par ailleurs, les structures sont confrontées à un dilemme stratégique : comment se développer pour répondre à des besoins croissants tout en conservant un ancrage territorial fort et une capacité d’accompagnement humain de proximité ?

Ces questions amènent progressivement les acteurs du secteur à réfléchir à de nouveaux modèles économiques, capables de concilier mission sociale et viabilité financière.

L’exemple de Passerelle : un modèle hybride au service de l’innovation sociale

Ces constats font écho à l’expérience de Passerelle, qui a fait le choix de développer un modèle hybride combinant une structure associative et une société agréée ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale).

Ce fonctionnement permet de diversifier les sources de financement, de développer des projets innovants et de consolider les actions menées sur le territoire, tout en maintenant une mission sociale forte.

Au quotidien, Passerelle propose différentes formes d’accompagnement afin de répondre au mieux aux besoins des publics :

  • des permanences d’accès aux droits et d’accompagnement administratif
  • des ateliers d’initiation et de médiation numérique
  • des actions « aller-vers » grâce à un bus itinérant permettant d’aller à la rencontre des habitants
  • des accompagnements à domicile pour les personnes les plus isolées
  • des actions de sensibilisation et de formation autour des usages numériques

Cette approche vise à maintenir une présence humaine et accessible, indispensable pour accompagner des publics parfois éloignés des institutions ou en situation de fragilité sociale.

Construire une réponse collective aux défis de l’inclusion numérique

Les échanges menés lors de ces ateliers ont également permis d’identifier plusieurs pistes de travail pour renforcer l’efficacité et la pérennité du secteur.

Parmi les priorités évoquées figurent notamment la nécessité de stabiliser les financements sur plusieurs années afin de sécuriser les actions menées par les structures. Une visibilité financière plus longue permettrait de consolider les équipes, de développer des projets innovants et d’inscrire les actions dans la durée.

Les participants ont également souligné l’importance de favoriser les dynamiques de coopération entre acteurs. Le développement de consortiums ou de projets collectifs pourrait permettre de mutualiser les compétences, d’éviter les logiques de concurrence territoriale et de proposer des réponses plus coordonnées aux besoins des habitants.

Enfin, la formation des professionnels constitue un enjeu majeur. Les travailleurs sociaux et médiateurs numériques doivent désormais intégrer de nouvelles problématiques telles que l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore la question du droit au non-numérique, c’est-à-dire la possibilité pour certains usagers d’accéder aux services publics sans passer exclusivement par le digital.

L’inclusion numérique, un enjeu de justice sociale

Au-delà des questions techniques ou organisationnelles, l’inclusion numérique renvoie à un enjeu plus large de justice sociale. Dans une société de nombreuses démarches essentielles passent désormais par internet, l’accès aux outils et aux compétences numériques devient une condition indispensable pour exercer pleinement ses droits.

Garantir cet accès, c’est lutter contre de nouvelles formes d’exclusion et permettre à chacun de participer pleinement à la vie sociale, administrative et citoyenne.

Dans ce contexte, la coopération entre les acteurs publics, associatifs et privés apparaît plus que jamais essentielle pour construire des réponses adaptées aux réalités des territoires et éviter l’émergence de nouvelles « zones blanches » sociales et numériques.

Passerelle est fière d’avoir contribué à cette réflexion collective aux côtés de nombreux partenaires engagés et continuera à s’investir pleinement dans le développement de solutions concrètes pour favoriser l’accès aux droits et l’inclusion numérique pour tous.

👉 Consulter le rapport :
https://lnkd.in/eN_ZiPND